Anecdote

De Aux Bons Mots
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C'est quoi une Anecdote ?

Le mot anecdote, qui est, étymologiquement , synonyme d'inédit, a été, dans ce sens, employé comme titre de recueils d'ouvrages publiés pour la première fois : tels sont les Anecdota groeca de Muratori, de Beker, etc., le Thésaurus anecdotorum de Mortara ; mais d'ordinaire il désigne une particularité historique, un trait de mœurs ou de caractère, un détail secondaire de l'action. L'historien ne doit ni prodiguer l'anecdote, ni la négliger. C'est par la profusion des détails anecdotiques que la chronique diffère surtout de l'histoire et se laisse glisser dans un commérage souvent fastidieux, qu'elle relève volontiers par le scandale. D'autre part, un sentiment exagéré de la dignité de l'histoire, en bannissant l'anecdote, la retiendrait dans une généralité pompeuse, contraire à l'intelligence des hommes et des temps. Il y a certaines anecdotes qui éclairent d'un jour très-vif les mœurs et les institutions du passé : celle du vase de Soissons, par exemple, nous en apprend très-long sur la constitution de l'ancienne société franque, et fait évanouir toutes les étranges assimilations établies par les historiens des siècles derniers entre les chefs militaires de la première race et les futurs rois de France.


C'est ce qui justifie, en partie, ce mot de Mérimée : « Je n'aime, dans l'histoire, que les anecdotes, et parmi les anecdotes je préfère celles où j'imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères. » Cette préférence de certains esprits et de certaines époques pour l'anecdote a pointant ses dangers. Parmi les historiens que l'abus des particularités a déconsidérés, il faut citer Suétone que Voltaire appelait un « anecdotier très-suspect ».

L'anecdote à outrance ne choque pas quand l'écrivain n'affiche pas de prétention à l'histoire. Tel fut, par exemple, Tallemant des Réaux, dont Sainte-Beuve disait « qu'il était né anecdotier,
comme La Fontaine était né fablier ».
L'anecdote peut figurer avec succès dans l'histoire et la critique littéraire, et Sainte-Beuve lui-même s'est montré, dans ces deux genres, aussi anecdotier que Tallemant. L'art de conter l'anecdote fait une grande partie du charme de la conversation. Le genre oratoire ne repousse pas non plus l'anecdote qui pique la curiosité et tient les esprits en suspens. C’est à propos d'un orateur athénien, réveillant son auditoire par un récit anecdotique, que La Fontaine a dit :

...Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrai un plaisir extrême.

L'anecdote s'est faite de nos jours une grande place dans le journalisme littéraire, c'est-à-dire non autorisé par la législation du second Empire à traiter les questions politiques. Elle s'y est déguisée sous le nom de « Nouvelles à la main », de « Bruits du jour », de « Chronique », d'« Écho ». C'est aux époques où le pays participe le moins à ses affaires que le journalisme anecdotique a le plus de sucres. Nous avons vu les feuilles les plus graves forcées d'avoir, comme les petits journaux, à côté de leurs publicistes, leur chroniqueur de profession, c'est-à-dire leur anecdotier. L'attrait croissant de la curiosité a fait créer même des organes politiques qui tournèrent toutes les questions en anecdotes.[1]

Référénces

Dictionnaire universel des … Gustave Vapereau - Hachette, 1876 - 2096 pages.